Turqueries La chronique européenne de Sophie Didier
Jeunes radicaux 54
Le 13 juin dernier, la Turquie et la Croatie ont bouclé respectivement le premier chapitre des négociations bilatérales avec l'Union européenne.
Pour la Croatie, l'enjeu est clairement l'adhésion. Déjà, les pronostics fusent et certains se risquent même à prévoir une entrée en 2009. Pour la Turquie, l'issue est laissée suffisamment dans le flou pour satisfaire les turcophiles de la perspective d'une adhésion, et rassurer les turco-sceptiques sur l'éventualité d'une « troisième voie » évoluant quelque part entre association renforcée et adhésion tiède. Et pour éviter un regain de tension en mer Egée, nous précisons que les compromis tirés des négociations avec la Turquie – y compris celles portant sur le chapitre recherche et développement, prétendument clos – ne seront considérés comme définitifs que si Ankara accepte l'entrée de navires chypriotes dans ses eaux territoriales.
En attendant, la Commission européenne a décidé le 16 mai dernier de ne se prononcer définitivement sur la date d'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie (1er janvier 2007 ou 1er janvier 2008) qu'au mois d'octobre prochain.
En d'autres termes, nous entamons des négociations avec des Etats reconnus candidats sans enthousiasme et doutons de l'entrée d'Etats dont nous avons scellé l'adhésion. C'est à en perdre le nord et, surtout son latin.
Car quelle image donnons-nous de l'Union face aux Etats, et surtout aux populations qui nous regardent et qui, encore, pour une part d'entre elles, perçoivent l'adhésion comme un salut ? Une Europe qui doute de ses frontières doute d'elle-même et de son identité. Les frontières sont un élément déterminant dans la définition d'une culture commune car, par nature, elles marquent la délimitation entre la « patrie » et l'étranger, entre ce que nous sommes, et ce que nous ne sommes plus. Le doute qui plane sur les limites de l'Europe est une expression supplémentaire d'un ensemble qui ne parvient pas à se percevoir comme entité culturelle et politique.
Dans ce jeu difficile, sans doute, l'Union européenne s'est brûlée au contact du « rêve européen », en voulant incarner le sens de l'histoire et l'histoire du continent, sans jusque-là y parvenir. Une identité ne se décrète pas. Elle se constate, au mieux, a posteriori. Et la revendication d'un « héritage européen » dont certains pensent, comme nous, qu'il revient à l'Union européenne, plutôt qu'au Conseil de l'Europe par exemple, de l'assumer et de le faire vivre ne suffit pas à créer les moyens d'une telle ambition.
L'élargissement a un coût et ce coût est avant tout politique, bien davantage qu'économique. C'est le coût de la noyade institutionnelle et de la diversité des cultures politiques, largement sous-estimée. C'est aussi celui de l'acceptation des nouveaux Etats membres auprès des plus anciens et celui, surtout, du maintien d'une « envie d'Europe » auprès des peuples des Etats candidats.
Car enfin, comment expliquer à ces pays que, d'un côté, l'on s'apprête à accueillir dans l'Union des Etats qui se moquent encore largement du critère politique de Copenhague (les faits de corruption et les réseaux mafieux revêtent en Bulgarie l'ampleur d'un quasi-système de gouvernement) et arrivent péniblement à remplir le critère économique, tandis que, de l'autre, nous débutons avec la Turquie des négociations dont l'engagement et la poursuite sont soumis à des conditions d'une rigueur inédite? Et comment expliquer à l'Ukraine ou à la Moldavie que nous débutons des négociations avec la Turquie tandis que nous leurs refusons à eux la seule perspective d'être reconnus candidats ? En quoi l'Ukraine et la Moldavie sont-elles par nature moins européennes que la Turquie ?
Nous ne savons plus ce que nous sommes et ne savons plus ce que nous voulons. Alors dans ce contexte, il est urgent de respecter nos engagements – fussent-t-ils pris à tort – en autorisant l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, et il sera, ensuite, urgent d'attendre. Débuter maintenant, et dans ces conditions, des négociations avec la Turquie relève au mieux d'une grave faiblesse, au pire d'une sombre hypocrisie. En creux, fermer aussi durement la porte à l'Ukraine et la Moldavie relève de la mauvaise foi. Après avoir subi un rejet de l'intérieur, rejet dont elle ne s'est toujours pas remise, l'Union européenne risque à présent sa crédibilité à l'extérieur. Et ensuite ?...
Pour la Croatie, l'enjeu est clairement l'adhésion. Déjà, les pronostics fusent et certains se risquent même à prévoir une entrée en 2009. Pour la Turquie, l'issue est laissée suffisamment dans le flou pour satisfaire les turcophiles de la perspective d'une adhésion, et rassurer les turco-sceptiques sur l'éventualité d'une « troisième voie » évoluant quelque part entre association renforcée et adhésion tiède. Et pour éviter un regain de tension en mer Egée, nous précisons que les compromis tirés des négociations avec la Turquie – y compris celles portant sur le chapitre recherche et développement, prétendument clos – ne seront considérés comme définitifs que si Ankara accepte l'entrée de navires chypriotes dans ses eaux territoriales.
En attendant, la Commission européenne a décidé le 16 mai dernier de ne se prononcer définitivement sur la date d'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie (1er janvier 2007 ou 1er janvier 2008) qu'au mois d'octobre prochain.
En d'autres termes, nous entamons des négociations avec des Etats reconnus candidats sans enthousiasme et doutons de l'entrée d'Etats dont nous avons scellé l'adhésion. C'est à en perdre le nord et, surtout son latin.
Car quelle image donnons-nous de l'Union face aux Etats, et surtout aux populations qui nous regardent et qui, encore, pour une part d'entre elles, perçoivent l'adhésion comme un salut ? Une Europe qui doute de ses frontières doute d'elle-même et de son identité. Les frontières sont un élément déterminant dans la définition d'une culture commune car, par nature, elles marquent la délimitation entre la « patrie » et l'étranger, entre ce que nous sommes, et ce que nous ne sommes plus. Le doute qui plane sur les limites de l'Europe est une expression supplémentaire d'un ensemble qui ne parvient pas à se percevoir comme entité culturelle et politique.
Dans ce jeu difficile, sans doute, l'Union européenne s'est brûlée au contact du « rêve européen », en voulant incarner le sens de l'histoire et l'histoire du continent, sans jusque-là y parvenir. Une identité ne se décrète pas. Elle se constate, au mieux, a posteriori. Et la revendication d'un « héritage européen » dont certains pensent, comme nous, qu'il revient à l'Union européenne, plutôt qu'au Conseil de l'Europe par exemple, de l'assumer et de le faire vivre ne suffit pas à créer les moyens d'une telle ambition.
L'élargissement a un coût et ce coût est avant tout politique, bien davantage qu'économique. C'est le coût de la noyade institutionnelle et de la diversité des cultures politiques, largement sous-estimée. C'est aussi celui de l'acceptation des nouveaux Etats membres auprès des plus anciens et celui, surtout, du maintien d'une « envie d'Europe » auprès des peuples des Etats candidats.
Car enfin, comment expliquer à ces pays que, d'un côté, l'on s'apprête à accueillir dans l'Union des Etats qui se moquent encore largement du critère politique de Copenhague (les faits de corruption et les réseaux mafieux revêtent en Bulgarie l'ampleur d'un quasi-système de gouvernement) et arrivent péniblement à remplir le critère économique, tandis que, de l'autre, nous débutons avec la Turquie des négociations dont l'engagement et la poursuite sont soumis à des conditions d'une rigueur inédite? Et comment expliquer à l'Ukraine ou à la Moldavie que nous débutons des négociations avec la Turquie tandis que nous leurs refusons à eux la seule perspective d'être reconnus candidats ? En quoi l'Ukraine et la Moldavie sont-elles par nature moins européennes que la Turquie ?
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Responsable départementale: Annabelle Ferry annabelle.ferry@jeunesradicaux.net
Permanence du Parti Radical de Meurthe et Moselle: 8, rue Bailly – 54000 NANCY
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