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LE DEBAT SUR L'AVENIR DE L'EUROPE EST (RE)LANCE La chronique européenne de Sophie Didier

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LE DEBAT SUR L'AVENIR DE L'EUROPE EST (RE)LANCE
Après son « plan D comme Démocratie, Dialogue et Débats », on peut dire que la Commission vient d'adopter un « plan R » comme « résultats », « responsabilité » et « relance », les trois maîtres mots de la communication adoptée le 10 mai par le collège des commissaires en amont du Conseil européen le mois prochain.

L'ordre a son importance, car « pour renforcer la confiance des citoyens en l'Europe, nous devons produire des résultats. C'est ainsi que nous pourrons créer les conditions propices à l'adoption d'un règlement institutionnel.» Le Président Barroso résume en ces termes la dynamique sous-jacente aux propositions du texte.

Et voilà le traité constitutionnel envoyé aux soins palliatifs. Cela en a déjà fait bondir plus d'un. La déclaration de « réassurance politique », que la Commission européenne recommande aux Etats membres d'adopter en 2007, pour le cinquantenaire du (premier) traité de Rome, ne sera probablement pas de nature à faire avancer l'Union d'un pas significatif sur le chemin de l'union politique.

Derrière ce positionnement prudent, pour ne pas dire teinté d'une vague résignation, la Commission européenne prend cependant acte de l'attente, d'ailleurs maintes fois exprimée par les « nonistes », d'une Europe non pas absente mais autre. Et d'une Europe qui tient ses promesses, de sorte qu'en prônant une culture du résultat, la Commission prône également une culture de la responsabilité. C'est d'ailleurs en appliquant ce principe qu'elle demande aux Etats membres de doter l'UE d'un budget plus conséquent, à la hauteur des ambitions qu'ils formulent pour elle sur le papier. Pour défendre l'Europe devant ses citoyens, il faut leur démontrer que sans elle ils ont quelque chose à perdre et faire en sorte que ce soit effectivement le cas.

La cible, certainement, est juste. Les chemins proposés sont plus discutables. Ainsi, on peut s'étonner que le cheminement vers la conquête des citoyens européens commence, à nouveau, par l'achèvement du marché intérieur, premier thème abordé dans la communication. Il ne s'agit pas ici de minimiser les enjeux de la politique énergétique ni d'une intégration plus poussée des marchés financiers, qui figurent parmi les priorités énoncées. Mais est-ce vraiment ce qui rendra l'Europe plus attrayante auprès des citoyens ?

A ce titre, la maigre pitance jetée en pâture au chapitre de l'emploi et de la solidarité a de quoi décevoir. A peine si la Commission dépasse la recommandation d'une réflexion de fond sur l'avenir de notre modèle social. Certes, on peut inscrire à sa décharge le caractère pour le moins limité des compétences communautaires en la matière.

Mais est-ce une raison pour s'en tenir au rappel de la méthode – la nécessité du débat – et échapper ainsi à l'amertume du contenu – le coût trop élevé de ce modèle social pour une économie au ralenti, porté par une population vieillissante ? Hélas, le courage politique a manqué à nos vingt-cinq sages de Bruxelles. Et si l'adhésion de la Commission, en substance, au concept désormais usuel de « flexsécurité », est un élément positif de ses recommandations, on reste sur sa faim quant aux moyens de donner une application concrète et effective à un néologisme en tout point mystérieux.

Plus constructive en revanche sont les propositions relatives à l'espace de liberté, de sécurité et de justice. Celles-ci recouvrent notamment un renforcement substantiel de la coopération policière et judiciaire, ainsi que la naissance, à terme, d'un cadre commun pour les polices oeuvrant aux frontières extérieures de l'Union. L'Europe de Schuman, en son temps, avait apporté la paix. Celle qu'il nous appartient de construire se doit de l'entretenir et de la protéger, alors que le monde ressort violemment secoué d'un regain du terrorisme, au cours des cinq dernières années. Se sentir bien et en paix en Europe : un objectif clé.

Pour autant, les propositions de la Commission, y compris dans ce domaine, ne peuvent non plus être accueillies sans réserve. Il est difficile de voir aborder dans un même ensemble la lutte contre les menaces criminelles, d'une part, et les politiques d'asile et d'immigration, d'autre part. L'Europe à construire, de stabilité, de bien-être et de paix, est celle de tous les habitants du continent, qu'ils soient citoyens européens ou non.

Aussi aurait-il été souhaitable que la communication traite des questions d'immigration et de celles de la sécurité du continent dans deux chapitres distincts, les premières étant bien plus proches, à notre sens, d'enjeux économiques et de solidarité, que de questions de sécurité. L'immigration est aussi un enjeu de la mondialisation et un levier de croissance potentiellement puissant pourvu que l'on veuille bien changer le regard qu'on lui porte.

Considérer l'autre comme un allié a priori plutôt que d'emblée comme un ennemi. Ceci vaut aussi pour les relations qu'entretiennent entre eux les Européens. Et l'Europe, précisément, chantre de la libre-circulation dans un espace qui ne la connaissait pas il y a cinquante ans, a un rôle fondamental à jouer pour changer les esprits en ce sens. Ne pas avoir peur de l'autre et savoir où l'on va, ensemble. Un long chemin sans doute pour peut-être, un jour, « fier d'être Européen ».



Communication de la Commission européenne du 10 mai 2005 : « un projet pour le citoyen : produire des résultats pour l'Europe » :
http://ec.europa.eu/commission_barroso/president/pdf/com_2006_211_fr.pdf

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