Les Jeunes Radicaux

Retour sur la crise du CPE, un an après



Entre le 27 octobre et le 17 novembre 2005, la France connaît un soulèvement social dans ses banlieues d'une ampleur sans précédent. Les idées reçues ont voulues que ces émeutes furent le fait de jeunes instrumentalisés par des « caïds », des « barbus » ou des rappeurs. Nombre d'habitants des quartiers ont témoigné d'une forme de solidarité avec les jeunes émeutiers. Ces derniers qui existent peu au point de vue politique n'avaient rien à bloquer sauf l'ordre civil. Par la violence, qui devient alors le seul moyen de forcer l'entrée quand on est privé de représentation, ils ont exprimés leurs sentiments et les ont mis sur la place publique. Leur protestation morale pouvait difficilement se traduire autrement dans un monde qui ne les rend pas citoyens. C'est ainsi que des jeunes de cités ont brûlé leurs écoles parce qu'elles n'étaient plus perçues comme des lieues de promotion sociale mais comme des usines à chômeurs.

Le Premier ministre Dominique de Villepin réagit rapidement sur ces évènements. Dans sa conférence de presse du 1er décembre 2005 il déclare que « l'urgence aujourd'hui, c'est de faire de l'égalité des chances une réalité pour tous, avec deux leviers : l'emploi et l'éducation ».

Lors du Conseil des ministres du 11 janvier 2006, Jean-Louis Borloo et Azouz Begag présentent un projet de loi en faveur de l'égalité des chances. Ce projet de loi a pour objet de mettre fin aux situations d'inégalité des chances et aux discriminations dont sont victimes les populations des quartiers difficiles, particulièrement les jeunes. Il vise à renforcer la cohésion sociale et à préserver notre pacte républicain. Dans ce cadre, le projet de loi poursuit cinq objectifs : favoriser l'emploi des jeunes résidant dans les zones urbaines sensibles ou connaissant des difficultés d'insertion sociale et professionnelle ; renforcer l'égalité des chances et la lutte contre les discriminations ; aider les parents à exercer leur autorité parentale ; renforcer les pouvoirs des maires face aux incivilités ; créer un service civil volontaire. Le texte précise qu'il « s'agit de redonner à tous les citoyens, quels que soient leurs origines, leurs croyances ou leurs choix personnels de vie, confiance dans la reconnaissance équitable de leurs mérites et de leur place dans la société »

Le 16 janvier 2006, Dominique de Villepin présente la deuxième phase de la « bataille pour l'emploi » qui comprend le contrat première embauche (CPE), exonération de charges patronales pendant trois pour les entreprises qui embauchent en CDI des jeunes de moins de 26 ans au chômage depuis plus de 6 mois, stages, formation en alternance, emploi des seniors, lutte contre le temps partiel subi.


Le « contrat première embauche » (CPE) est un nouveau type de contrat de travail est créé à destination des jeunes travailleurs (moins de 26 ans). Ce contrat, annoncé comme un contrat à durée indéterminée (CDI), est cependant assorti d'une période de 2 ans (dite « période de consolidation ») durant laquelle il sera possible de le rompre sans motif. En cas de rupture du CPE par l'employeur, le salarié perçoit une indemnité de fin de contrat égale à 8 % du montant total de la rémunération brute depuis la conclusion du contrat. Si la rupture se produit après 4 mois, une allocation forfaitaire de 16,40 euros par jour (492 euros par mois), financée par l'Etat, est versée pendant 2 mois.

Les dispositions créant le CPE ont été ajoutées, sous la forme d'un amendement déposé par le gouvernement, au cours du débat à l'Assemblée nationale.

Le CPE, est rapidement au coeur de toutes les polémiques, en raison de la période d'essai de deux ans qui permet à l'employeur de licencier sans explication. La gauche y voient la porte ouverte à la « précarité généralisée » et es syndicats étudiants qualifient le CPE de « déclaration de guerre à la jeunesse ».

Dans un contexte de croissance molle, une entreprise ne va pas recruter en CDI si la pérennité du poste n'est pas assurée. Au bout de quelques mois, l'employeur devra alors se lancer dans une procédure de licenciement, ce que les entreprises ne veulent pas faire. En conséquence, le CPE a la vertu de la flexibilité économique. Aussi, la période de consolidation de l'emploi de 2 ans permet avant tout à l'employeur de s'assurer de la viabilité économique d'un poste.

En matière de lutte contre le chômage des jeunes, la gauche avait lancé en 1997 les contrats emplois-jeunes. Destinés aux jeunes âgés de 18 à moins de 26 ans, ils devaient favoriser le développement d'activités nouvelles dans le secteur public et associatif. Alors que le CPE est un contrat à durée indéterminé dont les rémunérations ne pourront être inférieures au régime commun des salariés, le contrat emplois-jeunes est un CDD de 5 ans non renouvelable avec une rémunération égale au SMIC. De plus, il pouvait être mis fin au contrat chaque année à la date anniversaire de sa signature par l'employeur.

Le 9 février 2006, le gouvernement de Dominique de Villepin engage sa responsabilité devant l'Assemblée nationale sur ce texte, en application de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution (le 49.3). En l'absence de vote d'une motion de censure dans un délai de 24 heures, le texte est considéré comme adopté dans son intégralité par l'Assemblée nationale, urgence déclarée.

Le 13 février 2006, plus de 2.400 étudiants de Rennes réunis en Assemblée générale lancent un « appel à la mobilisation générale de la jeunesse en France » pour le retrait du CPE et du CNE. Suivront deux mois de blocages d'universités et manifestations jusqu'au remplacement du CPE par un dispositif pour les jeunes en difficulté le 10 avril 2006. Pendant ces deux mois, les jeunes de l'UMP, du parti Radical et de l'UNI se sont mobilisés pour le CPE. Ils ont su faire preuve jusqu'au bout d'une solidarité sans faille pour soutenir et promouvoir cette mesure en faveur de l'emploi des jeunes.


On a vu que les jeunes leaders anti-CPE se sont revendiqués comme gauchistes et révolutionnaires, imbus de marxisme et de post-marxisme, mais ce sont révélés peu informés des aspects économiques de ces doctrines ni davantage des données et des résultats des systèmes qui s'en réclament dans le monde. La plupart n'ont jamais lu Le Capital et les rares qui l'ont fait, l'ont abordé dans une optique strictement philosophique. Nous savons au reste qu'à l'origine du mouvement anti-CPE et à l'arrière plan de la crise qui en a découlé, on peut détecter la disproportion entre la culture philosophique ou sociologique d'un certain nombre de jeunes étudiants ou intellectuels, et leur absence totale de culture scientifique et économique.

Le CPE a été intégré dans la loi sur l'égalité des chances en réponse aux émeutes dans les banlieues de novembre 2005 et devait être une solution pour faciliter l'emploi des jeunes dans un secteur qui a besoin de recruté. Le dispositif en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes en difficulté qui remplacera le CPE sera d'ailleurs explicitement destiné aux jeunes de 16 à 25 ans de faible qualification, ou résidant en zone urbaine sensible.

Finalement, les jeunes des banlieues qui étaient les principaux concernés par la loi sur l'égalité des chances, se sont révélés être les grands absents du débat comme si après le « retour au calme » décrété en novembre 2005 ils s'étaient résignés au retour à toutes les difficultés de la vie ordinaire.

Mardi 06 Mars 2007
Stéphane Fradet

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