Les Jeunes Radicaux

Logement Emploi d'accord... mais de quels héritages et de quelle mixité sociale parlons nous?

Pourquoi doit elle être rénovée et pourquoi doit elle être la première clef d'entrée du projet de société que nous souhaitons… ?



La mixité sociale est un concept aux traits mal délimités. Fait-elle référence à la diminution des inégalités ségrégatives ? A-t-elle un lien avec l'origine ethnique ? On parle de mixité ethnique, sexuelle, religieuse, générationnelle, etc. Elle est désignée au travers d'un vocabulaire diversifié : équilibre social de l'habitat, diversité de la composition sociale, diversité et diversification de l'habitat, diversité de la population dans les quartiers, répartition équilibrée et diversifiée de l'offre de logements.
Chacun s'accorde néanmoins à définir la mixité sociale comme un état de coexistence d'individus appartenant à des classes sociales différentes. Celle-ci est bien souvent matérialisée dans le logement. On distingue l'approche statique (habitat, école) et l'approche dynamique (mobilité, potentiels urbains). La mixité pose enfin l'énigmatique question du rapport du même à l'autre.
Dès lors doit-on promouvoir la mixité ? La mixité sociale est souhaitable en tant que telle ?

Du point de vue collectif la mixité sert à faire société et favorise une démarche volontariste par le contrat social. La mixité y devient donc une norme éthique et une valeur citoyenne applicable à tous, ou plutôt comme pourrait le dire P.Savidan « une norme à laquelle il nous appartiendrait de nous conformer ». D'ailleurs pous Savidan la mixité sociale répond à l'idéal de sociabilité fondée sur la diversité et la reconnaissance des différences. Il faut préserver la cohésion nationale et l'égalité des chances : ceci est posé comme une norme éthique et fondamentalement républicaine. Plus pragmatiquement, la mixité vise à réduire les poches de pauvreté et vise à favoriser l'urbanité. De manière latente, la notion de mixité porte également en elle la volonté de civiliser les « classes dangereuses » (terme du XIXème s.). Cette approche présuppose que la mixité est souhaitable, même si cela n'est jamais démontré.
Pour J.Rawls elle est « Un instrument d'épanouissement des sociétés démocratiques ». La célébration de la différence est une tendance lourde de notre culture démocratique et libérale. L'homogène se régénère mal ; et la mixité nous évite la fixité. Cette mixité comme instrument d'épanouissement des sociétés démocratiques présuppose un basculement dans la représentation de la société. On passe d'un ordre social hiérarchisé à une représentation de la société comme lieu de partage entre semblables. L'idéal de l'échange social généralisé est également lié à la légitimité de l'intervention publique.
Or depuis plusieurs décennies mélangées dans des valeurs républicaines mal expliquées la mixité sociale est devenue le moyen d'une certaine forme de volontarisme politique idéalisé.
Cette mixité parfaite est un mélange aléatoire de catégories sociales. Mais cette situation ne promeut pas la mixité en tant que fin : celle-ci se limite en fait à un moyen vers une autre fin. La mixité ne se réfère pas une situation objective mais à un idéal. En général, elle est appliquée grâce à l'action sur le logement en intervenant sur les migrations résidentielles : le droit à la mixité se résume bien souvent à un droit au logement.
C. Avenel explique que la mixité est un moyen dans la mesure où elle est une notion politique légitimant l'intervention de l'Etat. Elle sert d'instrument de l'action publique pour sortir les quartiers pauvres de l'enfermement. La mixité devient un espèce de nouveau label des politiques urbaines. Ainsi, le rééquilibrage de la composition urbaine se fait de manière contrainte sur des plans résidentiels et scolaires rigides et peu évolutifs.
Cette idée pose la question du paradoxe entre la lutte du législateur contre la ségrégation spatiale et l'impossibilité d'imposer des relations interindividuelles de manière contrainte. Rappelons la loi SRU : « Agir sur nos villes, c'est donc agir pour réduire les inégalités ». Le but est de « réussir la mixité urbaine » et favoriser la mobilité de toutes les populations. Mais, il n'y a pas de mixité sociale et urbaine et d'équilibre de l'habitat sans réalisation de logements sociaux là où il y en a peu ou pas du tout ».


Du point de vue individuel, celui de la nature humaine, la non-mixité ne semble guère déranger.
On peut d'ailleurs déplorer la faiblesse de l'argumentation en faveur de la mixité sociale. P Simon souligne d'ailleurs que bien souvent la mixité sociale s'appréhende de manière extrêmement subjective.
Plusieurs éléments peuvent révéler cette difficulté à appréhender le concept de mixité sociale. Tout d'abord, la densité du corpus juridique depuis 15 ans (Code de l'urbanisme, Code de la construction, Code général des collectivités territoriales) montre que la mixité n'est pas facilement applicable, en dépit d'un fort volontarisme législatif et réglementaire. La superposition de dispositions juridiques par rapport au premier décret de 1986 sur la « nécessaire diversité de la composition sociale » n'a pas été d'une grande efficacité. Ensuite, il n'existe pas d'appareil statistique cohérent d'observation des discriminations qui pourrait servir à de vrai spport à des politiques sociales. Enfin, la question de l'échelle de la mixité reste sans réponse.
Cet subjectivité place la mixité sociale comme une valeur qui ne va pas forcément de soi et qu'il faut des des gagnants et des perdants.
A ce titre, l'approche économique pose la question suivante : sous quelle condition la mixité peut-elle être souhaitable ? Si on constate une forte ségrégation en milieu urbain, la théorie économique met en lumière les limites de la mixité. La concurrence pour l'accès au logement entre les familles est un phénomène naturel de marché. La coexistence spatiale a un coût. H. Selod se demande s'il faut pénaliser les gens qui la refusent ou compenser ceux qui l'acceptent. Il invite également à nuancer les effets négatifs de la ségrégation : la ségrégation génère des externalités positives. Il donne l'exemple des quartiers chinois. Pourquoi alors vouloir promouvoir la mixité sociale ?
La montée en puissance des individualisme et de la puissance de l'entre-soi menace l'essence même de mixité…cette forme de proximité spatiale qui génère de la distance sociale.
C. Avenel met en lumière la puissance des appariements sélectifs. La hiérarchie spatiale recoupe assez bien selon lui la hiérarchie sociale. Il remet en cause le postulat selon lequel la mixité est une valeur en soi et propose de distinguer les catégories théoriques (le modèle d'intégration à la Française) et les catégories pratiques (la puissance de l'entre-soi). « Ségrégation et agrégation sont les deux faces d'une même réalité. La mise à distance de l'autre a pour contrepartie la recherche de l'entre-soi ». Par conséquent, la mixité devient contre nature.
Dominique Schnapper le dit autrement : « les riches entendent rester entre eux et les pauvres sont contraints de le faire ». Les résultats des politiques antérieures sont en effet très mitigés. Pour Schnapper, la société démocratique n'est pas plus parfaitement fluide que les autres. Le droit formel de chacun à échanger avec les autres ne correspond pas à la réalité des relations sociales. L'absence de relation semble traduire une différence essentielle entre des individus politiquement égaux. C'est là le dilemme de la mixité.

Mais alors quoi me direz vous…a quoi sert de toujours uniformiser et de recouvrir les différences ?
Les écrits sur la mixité révèlent une ambiguïté permanente entre mixité sociale et mixité ethnique. Le terme de mixité sociale est interprété de la manière suivante par les bailleurs sociaux : il s'agit d'éviter la constitution d'enclaves ethniques pour satisfaire l'idéal républicain d'intégration et promouvoir un brassage ethnique. Les bailleurs opèrent en fait un examen des taux d'étrangers hors UE pour s'aligner à la moyenne nationale dans leur sélection des candidats.
La « mixité sociale » semble être une spécificité française ? Elle était au fondement du grand ensemble, censé fonctionner comme un ascenseur social et favoriser une « moyennisation » de la société. Pour le sociologue américain, Franklin Frazier, la ségrégation permet au contraire de concentrer la demande des habitants noirs de créer des entreprises et soutenir des hommes politiques issus de leur groupe ; alors que disséminer une population revient à vouloir l'affaiblir, notamment sur le plan politique.
Comment ceux qui sont familialement, socialement et nationalement proches ne chercheraient-ils pas à se rapprocher les uns des autres ? Ce débat implicite de la place des quartiers multiculturels et de l'intégration des immigrés pose une question : faut-il en France promouvoir la mixité sociale en attendant de lever les tabous sur la mixité ethnique ?

En définitive, le rôle du politique doit plus que jamais tirer l'homme hors de ces aspirations naturelles à l'entre-soi : il faudrait donc promouvoir la mixité en tant que moyen. Mais quel « optimum de diversité » faut-il rechercher ? La ségrégation pose problème quand les normes collectives en arrivent à être violées, quand des voitures brûlent par exemple. A défaut de « faire de la mixité », peut-être faut-il au moins commencer par « réduire les inégalités » se pose alors la question du danger de la discrimination positive.Mais là c'est autre débat...



Cette prise de conscience nous permettra dans les articles suivants sur le logement de mieux comprendre les enjeux et les problématiques auxquelles notre société est confrontée et doit impérativement répondre.
A venir:
-les mecanismes de régularisation des prix du logement, Quelles politiques pour demain?
-La discrimination à l'accès aux logements et à l'emploi.
-Aménager les parcours résidentiels
- La chambre à loyer modéré...une solution pour loger les SDF?

Mercredi 07 Mars 2007
Antoine

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