« Nous avons à combattre les excès et les dérapages de notre propre civilisation ». Cette formulation, dans laquelle, sans aucun doute, tous les radicaux peuvent se retrouver, émane de la bouche de Nicolas Sarkozy. Elle porte en elle l'idée que l'homme doit être replacé au cœur de la société ; un homme qui tantôt dépassé, tantôt esclave des progrès techniques, se doit de revenir à l'essentiel : son bien-être.
Dès lors, nous dit Nicolas Sarkozy, en reprenant les termes d'Edgar Morin, il s'agit de mener une « politique de civilisation ». Cela passera par le rétablissement « de normes, de critères et de repères ». Nous adhérons évidemment à cette ambition ! Mais, ne rêvons pas les yeux ouverts et regardons la réalité en face : pour le moment, il y a une insoluble contraction entre ces propos et les valeurs véhiculées par notre Président puis, dans une moindre mesure, avec la politique qu'il appelle de ses vœux.
En effet, celle-ci est, au-delà de tout jugement manichéen, matérialiste : forme d'exaltation du la richesse économique et de la profusion des biens matériels, elle ne peut que provoquer une prolifération des comportements belliqueux au sein de notre société. En exaltant les richesses individuelles on entraîne une dissolution des valeurs communes et tout sentiment d'appartenance à une communauté partagée.
Rien d'étonnant, par conséquent, d'assister moins à un progrès moral qu'une déliquescence de la société s'engageant dans un processus de dé-civilisation. N'a-t-on pas de cesse de dénoncer des actes d'incivilité de plus en plus récurrents ? N'a-t-on pas de cesse d'observer une remise en cause dans certains quartiers du monopole de la violence légitime de l'Etat ? N'a-t-on pas de cesse de rencontrer des revendications communautaristes ?
Aussi, nous espérons que notre Président, dont nous saluons le courage et la volonté de changement, suivra la voie d'un processus politique privilégiant les valeurs communes, la solidarité, en somme le vivre ensemble, afin d'apaiser un pays dont les maux trouvent un écho quotidien chez nombre de françaises et de français. Nous ne voulons pas être bercés dans la douce illusion que les choses peuvent changer ; nous ne nous nourrirons pas de paroles prophétiques entendues comme un nouvel opium du peuple.
En réalité, nous attendons avant tout des actes forts qui prennent en compte l'ardente nécessité de retisser du lien social. Pour illustrer ce qui nous apparaît comme la priorité absolue nous pouvons utiliser ces mots d'Edgar Morin : « les humains doivent se reconnaître dans leur humanité commune, en même temps que reconnaître leur diversité tant individuelle que culturelle ». Autrement dit, il s'agit d'enclencher un nouveau « processus de civilisation » afin que chaque individu dans sa singularité ait le sentiment d'appartenir à une communauté de destin identique