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Jean-Louis Borloo n'a plus le blues Politique

Mercredi 26 Septembre 2007
Jean-Louis Borloo n'a plus le blues
Enfin seul. Dimanche 23 septembre, dans l'avion présidentiel qui se dirige vers New York et l'ONU, Jean-Louis Borloo savoure le tête-à-tête que lui a réservé Nicolas Sarkozy…

La mauvaise passe qu'il vient de traverser depuis le début de l'année est peut-être enfin terminée. Il n'a pas su exister dans la campagne présidentielle; son livre programme a fait un bide; il a refusé de mener, pour son camp, le combat des élections municipales à Paris; il a été "viré" de Bercy, un mois après sa nomination; il n'a pas encore donné de véritable identité à son ministère de l'écologie et du développement durable.
Bref, il n'a pas été au mieux de sa forme et il a donc eu toutes les raisons d'être déprimé, comme l'ont constaté plusieurs de ses proches pendant l'été.

Le coup de grâce lui a été porté dans le bureau du président de la République, au lendemain du second tour des élections législatives où la droite n'avait pas obtenu le raz-de-marée promis.

Nicolas Sarkozy congédie élégamment le ministre de l'économie, jugé responsable du lancement du débat sur la TVA sociale entre les deux tours : "Je suis très ennuyé par le départ d'Alain Juppé . C'est un grand ministère, essentiel…"

Naturellement, Jean-Louis Borloo s'y porte "spontanément" candidat, voyant disparaître en quelques secondes le rêve d'une vie, réalisé depuis à peine un mois : un grand ministère regroupant l'emploi et l'économie et permettant de parachever la réforme du marché du travail entamée rue de Grenelle.

"A son retour à Bercy, l'ambiance était sinistre, se souvient un collaborateur. Il a très bien pris de servir de bouc émissaire parce qu'un ministre, c'est fait pour ça, mais il a très mal vécu les réactions de plusieurs de ses collègues et de nombreux élus qui ont cherché à lui maintenir la tête sous l'eau."

"UN CENTRE DE GRAVITÉ TRÈS BAS"

Jean-Louis Borloo a ressassé pendant tout l'été cette injustice : comment aurait-il pu esquiver la question de Laurent Fabius sur la TVA sociale, au soir du premier tour des législatives, sur TF1, alors que l'ancien premier ministre, ancien ministre de l'économie, s'était procuré un courrier de François Fillon demandant à Jean-Louis Borloo de réfléchir à l'instauration de la TVA sociale ?

Et pourquoi être considéré comme seul responsable, alors que, trois jours plus tard, sur France 2, le premier ministre va beaucoup plus loin en affirmant que l'hypothèse d'une hausse du taux de la TVA de 5 %, évoquée dans un reportage de la chaîne, est bien "une hypothèse de travail".

Plus de deux mois plus tard, Jean-Louis Borloo balaie ce mauvais souvenir. "Franchement, je ne vois pas comment ça pourrait aller mieux qu'aujourd'hui!", rétorque le ministre requinqué, à la mi-septembre, au cours du week-end de l'université d'été du Parti radical, dont il est le coprésident.

"Je ne connais personne à droite qui parierait aujourd'hui sur sa marginalisation", confirme Dominique Paillé, vice-président du Parti radical et conseiller politique de Nicolas Sarkozy. Ne serait-ce qu'en raison d'une popularité jamais démentie par les sondages.

Dominique Paillé, de plus en plus considéré comme "l'œil de Moscou" au sein du Parti radical – "représentant de la maison mère" corrige l'intéressé –, dresse le portrait d'un "Marsupilami : il peut se tordre dans tous les sens, il arrive toujours à rebondir… il a un centre de gravité très bas !"

En cette rentrée, Jean-Louis Borloo tente de reprendre pied. Il a promis à Nicolas Sarkozy que le "Grenelle de l'environnement" qui s'ouvre le 27 octobre (après plusieurs semaines de préparation avec les associations et les secteurs concernés) serait un succès. Il a potassé ses dossiers et embrassé la cause.

Il semble même habité par l'exigence écologique, comptabilisant la "consommation carbone" de chacun de ses gestes, de la convocation des préfets à Paris à son voyage au Groenland : "59 tonnes de CO2 que nous allons compenser en finançant une société hydroélectrique au Mexique…" "C'est comme s'il y avait une secrète intelligence du destin que je sois ici maintenant… Je vais jouer à Colbert, sans construire", s'égare Jean-Louis Borloo.

Pour son grand rendez-vous avec les associations, les ONG et les acteurs de l'économie écologique, il a, plus concrètement, en bon avocat d'affaires, préparé deux ou trois "deals" censés assurer un succès médiatique.

Pour amadouer les Verts, le ministre devrait ainsi proposer l'interdiction de la commercialisation des semences OGM, tout en autorisant la poursuite des recherches en laboratoire. "Sur les OGM, tout le monde est d'accord, confie le ministre. On ne peut pas contrôler la dissémination donc on ne va pas prendre le risque!" (Le Monde du 21 septembre).

Autre piste, au cours des dernières semaines, M. Borloo a amorcé la tournée des patrons de la grande distribution pour les convaincre de faire de la France le premier pays du monde à pratiquer le "double affichage" : "Un prix économique en euros, et un prix écologique qui mesure le coût, l'empreinte environnementale du produit acheté."

Enfin, il souhaite rendre progressivement obligatoire l'usage du "bio" dans les cantines scolaires (Le Monde du 22 septembre).

SEUL MAÎTRE À BORD

Mais l'animal politique prépare aussi son retour. Jean-Louis Borloo s'apprête à devenir le seul maître à bord du Parti radical. André Rossinot a annoncé, lors de l'université d'été, qu'il abandonnerait la coprésidence en novembre, lors du congrès.

A cette occasion, M. Borloo a prévu de modifier les statuts pour rester aux commandes… jusqu'en 2012. D'ici là, il veut faire du parti un lieu de rassemblement "des démocrates chrétiens, des radicaux de droite et de gauche, des libéraux sociaux orphelins de l'ancienne UDF et du Nouveau Centre".

"Borloo veut une force politique qui lui permette d'exister et de faire des coups", rectifie Dominique Paillé. Déjà, lors de l'université d'été, la présence du haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, de la secrétaire d'Etat à la solidarité, Valérie Létard, de "progressistes proches d'Eric Besson", du président du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée nationale, François Sauvadet, et du raffarinien Dominique Bussereau a été présentée comme le signe du pouvoir d'attraction du Parti radical.

"L'ouverture, c'est notre rôle, notre fonction", se félicite Laurent Hénart, le secrétaire général, qui verrait dans le ralliement des radicaux de gauche une "logique familiale".

"La drague du PRG est une gesticulation, un habillage, elle permet à Borloo de se donner une image et un rôle dans la stratégie d'ouverture de Sarkozy. Ce que veut Borloo, c'est débaucher à terme des personnalités, comme Nicolas Hulot ou Bernard Tapie", rectifie un proche du chef de l'Etat.

Jean-Louis Borloo se garde bien pourtant de prendre ses distances à l'égard de Nicolas Sarkozy. La tonalité très à droite de la campagne présidentielle ? "Il était nécessaire de remettre le clocher au centre du village", esquive M. Borloo.

"Aujourd'hui, après avoir douté si longtemps de sa victoire et avoir été mal à l'aise face à la dérive droitière de la campagne, Jean-Louis est plein d'admiration pour Sarkozy…", décrypte André Rossinot. Le "Marsupilami" n'est donc pas près de mordre.

Christophe Jakubyszyn

Rédigé par stephane fradet le Mercredi 26 Septembre 2007 à 14:35 | Permalien | Commentaires (0)