A regarder le pouce levé d'un Nicolas Sarkozy souriant à l'issue d'une nuit de négociations ardentes et ardues, nous ne pouvons que pousser un immense soupir de soulagement. Les années d'effort, de maturation et de compromis, débutées par le discours (re)-fondateur de Joschka Fischer, alors Ministre allemand des affaires étrangères, le 12 mai 2000 à Berlin, poursuivies par la Convention sur l'avenir de l'Europe et achevées par la signature du Traité constitutionnel le 29 octobre 2004 à Rome, n'auront pas été complètement vaines.
Evidemment, le contexte a bien changé. En 2000, l'Europe occidentale s'envolait dans l'ère des nouvelles technologies et traversait une période de croissance florissante. L'Union européenne était en train d'achever son projet d'intégration le plus ambitieux, l'Union économique et monétaire, et pensait trouver un second souffle dans la quête d'un approfondissement politique. La perspective de l'élargissement aux anciens satellites soviétiques, promettant de tourner définitivement la page du rideau de fer en faisant épouser à l'Union les frontières de l'Europe millénaire, a incontestablement nourri cet enthousiasme. Nous avons été nombreux à croire qu'une Europe politique était à notre portée.
Deux ans après, l'ambition a pâli mais le mouvement reprend et de cela, nous ne pouvons que nous réjouir.
L'essentiel des progrès institutionnels prévus par le Traité de 2004 a pu être préservé : la stabilité d'une Présidence européenne personnalisée et l'abandon de la présidence semestrielle, une représentation diplomatique fondant dans la fonction d'une seule personne ce qui, jusque là, relevait des Etats membres (Ex. : la politique européenne de sécurité et de défense) et de la Commission européenne (Ex. : la politique commerciale commune), la réduction, à terme, du nombre de commissaires européens, l'extension du champ de la majorité qualifiée, le caractère contraignant de la Charte des droits fondamentaux ou la possibilité, pour les Parlement nationaux, de contester l'opportunité de l'action communautaire.
Evidemment, nous avons, au passage, beaucoup perdu : la suppression des piliers, la simplification de la typologie des actes juridiques, la perte d'une référence aux symboles de l'Union…La « ouiiste » qui sommeille en nous ne peut fermer les yeux sur un fait indéniable, et pourtant nécessaire. Et cela aurait pu être tellement pire…
Qui plus est, la négociation a permis d'ajouter des précisions, notamment en matière de concurrence ou de préservation de certains services d'intérêt économique général, afin de tenir compte des arguments sous-jacents aux « non », et particulièrement au « non » français.
Ainsi empaqueté, l'accord de 23 juin est certes l'aveu d'une ambition européenne a minima, mais il reflète également, probablement, le seul compromis possible aujourd'hui et actualise l'intensité de notre envie collective d'Europe, compte tenu des changements de majorité gouvernementales survenus depuis 2004 et des expressions populaires recueillies.
L'épine étant désormais retirée, d'autres chantiers nous attendent, auxquels il est plus que temps de nous atteler: politique énergétique, lutte contre le réchauffement climatique, gouvernance économique… autant de thématiques, parmi tant d'autres, sur lesquelles la France doit pouvoir renouveler et consolider une influence considérablement affaiblie ces dernières années. Cette France qui vient de prouver qu'elle était bel et bien, aux côtés de son partenaire allemand, de retour en Europe, prendra au second semestre 2008 la Présidence de l'Union européenne : l'épreuve du feu.